XXXI

 

Affaires terminées. – Correspondance aigre-douce.

 

Le lendemain, Mlle Primerose rentra un peu troublée, longtemps avant le dîner.

« Mes enfants, dit-elle à Geneviève et à Jacques qui l’attendaient en causant, il faut que j’écrive à votre coquin d’oncle pour avoir son consentement au mariage de Geneviève ; je viens de chez le notaire qui est son subrogé tuteur ; il m’a dit avoir su par M. Dormère que j’emmenais Geneviève à Rome, que son oncle comptait s’opposer à ce départ et reprendre sa nièce chez lui jusqu’à sa majorité, qu’il en avait le droit et qu’il en userait. Vous devinez comment j’ai reçu cette communication. J’ai raconté alors dans tous ses détails à ce notaire, qui est un brave homme, les procédés soi-disant paternels de cet homme abominable ; j’ai terminé par le récit du vol commis par son fils et attribué au pauvre Rame ; et comme il ne pouvait croire à de pareilles iniquités, j’ai tiré de mon portefeuille la lettre écrite par cet horrible Georges et je la lui ai fait lire. Il en a été aussi indigné que nous l’avons tous été. »

Geneviève. – Quelle lettre, ma cousine ? Comment se trouve-t-elle entre vos mains ?

Mademoiselle Primerose. – Celle que ce monstre a osé t’écrire pour te demander ta main ; tu l’as laissée dans ta chambre. Je l’ai vue, j’ai reconnu l’écriture, je l’ai lue et je l’ai emportée en remerciant Dieu d’avoir mis entre mes mains une preuve (la seule que nous ayons) de la scélératesse de ce misérable. Je suis ressortie aussitôt pour que tu ne puisses deviner que c’était moi qui la tenais. – J’ai raconté à ton subrogé tuteur ta cruelle et longue maladie qui t’avait mise si près de la mort. Il est convenu que M. Dormère, après une pareille conduite, devait être dépossédé de sa tutelle, mais qu’il faudrait pour cela que je lui intentasse un procès qui amènerait le déshonneur de son fils. Que pour éviter ce malheur, il valait mieux lui écrire pour avoir son autorisation tant pour le voyage à Rome que pour le mariage avec Jacques, et il m’a conseillé de le faire le plus tôt possible et dans les termes les plus doux, sans reproches et sans témoigner aucune incertitude de son consentement. Il viendra demain chez moi pour voir Geneviève et Jacques et faire connaissance avec sa pupille et son fiancé. Je lui ai laissé la lettre de ce scélérat de Georges, afin qu’il la garde comme pièce de conviction. Je vais écrire tout de suite à votre misérable oncle, et nous verrons s’il osera me refuser.

Mlle Primerose sortit.

Geneviève. – Mon Dieu, mon Dieu ! encore des chagrins, des inquiétudes.

Jacques. – Ne t’effraye pas, ma bien-aimée Geneviève ; notre oncle ne peut pas refuser son consentement ; quand il connaîtra la lettre de son infâme Georges, il se gardera bien de provoquer un procès qui lui démontrera clairement ce qu’est son fils. J’avoue que j’éprouve une grande satisfaction en pensant à ses regrets, à ses remords quand il verra si évidemment comment il a payé ton noble et généreux silence. Je puis te dire jusqu’à quel point je me sens indigné, révolté quand j’arrête ma pensée sur la conduite de mon oncle et de son fils à ton égard. Toi si douce, si bonne, si vraie ! Aussi je bénis l’excellente Mlle Primerose de s’être chargée de toi ; je sais qu’elle a des défauts ; qui est-ce qui n’en a pas ? Mais quand je vois son dévouement, son affection, je ne puis qu’excuser ses imperfections et sentir augmenter pour elle ma tendresse et ma reconnaissance.

Geneviève. – Mon bon, mon cher Jacques, que tu es bon ! Comme j’ai raison de t’aimer de toutes les forces de mon cœur.

Mlle Primerose rentra tenant une lettre à la main.

Mademoiselle Primerose. – Tenez, mes enfants, voici ce que je lui écris ; vous êtes intéressés dans cette affaire ; je désire avoir votre approbation :

 

« Mon cousin,

(J’ai eu de la peine à lui donner ce nom).

Je vous écris comme au tuteur de ma chère Geneviève ; sa santé très ébranlée demande un changement d’air, de climat et une suite de distractions ; j’ai pensé à un séjour à Rome, et je désire avoir votre consentement (toujours comme tuteur) pour ce long voyage. Je vous adresse par la même lettre une seconde demande plus importante encore. Elle aime depuis son enfance votre neveu Jacques de Belmont ; leur tendresse est réciproque, et cette union est considérée par eux et par moi comme devant faire le bonheur de leur vie. Je ne doute pas de votre consentement, mais je désire l’avoir par écrit, pour agir à coup sûr. Ayez l’obligeance de me répondre courrier par courrier, car j’ai hâte d’emmener Geneviève dans un climat approprié à son état de santé.

Veuillez croire que cette lettre, importune, je le crains, m’est dictée par une absolue nécessité, et agréez l’assurance de tous mes sentiments.

Cunégonde Primerose. »

 

Jacques. – Très bien, très bien, chère mademoiselle ; elle est polie tout en étant froide comme elle doit l’être. Il ne peut pas vous refuser ; vous aurez une bonne réponse.

Après la pluie, le beau temps
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